
En ce jour de la Diaspora Basque, dont nous – Maison basque de Marseille – faisons partie, souvenons-nous de l’histoire de cette 8รจme province que l’on cรฉlรจbre le 8 septembre, jour d’arrivรฉe du navigateur Elcano ร Sรฉville, ร l’issue du premier tour du monde de l’Humanitรฉ. Ces quelques lignes sont issues du dernier Hiruak Bat sorti la semaine derniรจre.
Les Basques nโont pas le monopole des organisations rassemblant une diaspora_: en cette saison de fรชtes des associations, chacun peut juger de la grande diversitรฉ des communautรฉs associatives vouรฉes ร rassembler un public autour dโune culture locale, rรฉgionale, nationale ou internationale. รlรฉments รฉminemment constitutifs dโun soft power, ces organisations peuvent sโaccompagner, ou pas, dโun soutien matรฉriel, financier voire dโune tutelle administrative (dans le cadre dโun rรฉseau diplomatique par exemple).
On ne peut dรฉcemment parler de centres basques quโร partir du XIXe siรจcle et lโouverture de la ยซroute des Amรฉriquesยป. Mรชme si les longues campagnes de pรชche ont favorisรฉ des sรฉjours รฉloignรฉs au cours des siรจcles (Terre-Neuve, Islande), lโessor du colonialisme espagnol va dรฉcupler lโimmigration basque sud-amรฉricaine. Cโest dans les ports dโentrรฉe de ce continent que les Basques se retrouvent et forment des corporations mรชlant entraide, logistique migratoire et commerce maritime. Claude Mehats, dans Lโรฉmigration des Basques de France en Argentine et en Uruguay au XIXe siรจcle, note que lโaspect linguistique, ancrรฉ dans la pratique religieuse des migrants, prend une importance telle quโelle motive le clergรฉ ร envoyer des prรชtres basques auprรจs de ces communautรฉs.
Sโil est รฉtabli que certains migrants revenus des Amรฉriques ont entretenu au pays Basque la lรฉgende des amerikanoak, les quelques milliers รฉtablis outre-Atlantique deviennent en quelques gรฉnรฉrations, des millions de descendants. Lโรฉmergence des centres, associations et clubs basques doit se lire autant comme un enracinement local de la sociabilisation du pays dโorigine que comme une volontรฉ de garder ouverte la possibilitรฉ dโun voyage retour – double aspiration qui traverse toute communautรฉ dโune population รฉmigrรฉe.
Le premier centre basque est ouvert ร Montevideo en 1876, prรฉcรฉdant son alter ego argentin, Laurak Bat, รฉtabli ร Buenos Aires. Trรจs rapidement, ces clubs se coordonnent et fondent de puissantes fรฉdรฉrations nationales. Plus proches de nous, les associations franรงaises รฉmergent au dรฉbut du XXe siรจcle, sous forme de sociรฉtรฉs dโentraide, entre basques (Euskalduna, Paris) ou avec dโautres rรฉgionalismes (Gascons et pyrรฉnรฉens de Provence, Marseille). Sur un ressort similaire de continuitรฉ sociale, ces centres basques assurent une part de logistique migratoire en aidant au logement et ร lโintรฉgration des nouveaux arrivants. Les premiers bulletins de la diaspora basque apparaissent ร cette รฉpoque et les clubs basques dรฉveloppent leurs sections culturelles, linguistiques et sportives.
La dictature franquiste provoque un fort questionnement sur la mission de ces associations populaires, traditionnelles et festives. Lโinterdiction de lโeuskara, la fermeture des institutions et lโexil politique des Basques fait apparaรฎtre une ligne de crรชte entre les descendants de lโimmigration, dรฉfenseurs de clubs culturels apolitiques, et les exilรฉs, bien dรฉcidรฉs ร transformer ce rรฉseau en bastion de rรฉsistance. Ainsi, Laurak Bat, a รฉtรฉ le siรจge de confรฉrences, hommages, levรฉes de fonds, publications et activitรฉs dรฉnonรงant la rรฉpression culturelle de Franco, appuyรฉs par la prรฉsence dans ses murs de membres du gouvernement basque en exil… et ce, malgrรฉ des statuts ouvertement apolitiques_! Les centres basques de Caracas et Mexico ont รฉtรฉ des plaque-tournantes du financement de la rรฉsistance intรฉrieure. La constitution dโETA ร la fin de la dictature ferme le dรฉbat et les associations basques se normalisent en centres de sociabilitรฉ dotรฉs dโune mission culturelle essentielle, alors que lโeuskara vit une traversรฉe du dรฉsert auprรจs dโune population a qui on a interdit sa pratique et son enseignement.
La loi 8/1994 du 27 mai, complรฉtรฉe du dรฉcret 318/1994 du 28 juillet 1994, sโappuie sur cet historique pour dresser un panรฉgyrique des centres basques de la diaspora et les faire participer aux relations sociales, culturelles et รฉconomiques du Pays basque. Ces textes fondateurs crรฉent le label des Euskal Etxeak, les ยซMaisons basquesยป, qui laisse intacte lโhรฉtรฉrogรฉnรฉitรฉ des formes et statuts que prennent les diffรฉrentes structures de la diaspora basque, tout en leur reconnaissant un rรดle politique, au sens รฉtymologique : elles font dรฉsormais partie de la citรฉ (polis). Ses membres sont intรฉgrรฉs ร la communautรฉ Basque, au mรชme titre que les exilรฉs ayant fui le pays et que les descendants de lโรฉmigration. Ils acquiรจrent des droits dโaccรจs ร lโenseignement de lโeuskara et de maniรจre gรฉnรฉrale, au patrimoine culturel basque et le gouvernement sโengage ร les impliquer ร la vie du Pays basque.
Les conditions de reconnaissance sont au nombre de trois_: รชtre une institution dotรฉe de statuts en accord avec les lois du pays de rรฉsidence ; avoir pour objectif le maintien des liens socio-culturels et รฉconomiques avec le Pays basque, ses habitants, son histoire, sa langue et sa culture ; avoir un fonctionnement dรฉmocratique.
Cโest ainsi quโon compte aujourdโhui 202 Euskal Etxeak officielles, autant de relais du tissu รฉconomique et culturel basque dans le monde entier, comme autant de conservatoires de la langue et de laboratoires dโenrichissement mutuel entre culture basque, cultures locales et nationales.








